Jeanne Emmanuelle HUTIN, Ouest France

« Merci », c’est ainsi que les élèves de l’école Sainte Rita de Beyrouth vous manifestent leur reconnaissance, chers lecteurs. Car vous avez été nombreux à vous mobiliser pour soutenir les Libanais après les explosions du port de Beyrouth, en août. De nombreuses familles ont été privées de toit, de nourriture, de gagne-pain…

Un important travail de reconstruction a été entrepris par Offre Joie, soutenu à hauteur de 45 000 €.

L’école Sainte Rita a bénéficié de votre générosité (30 000 €) : des vitres et des portes ont pu être remplacées ; des murs fissurés, consolidés ; des familles, aidées à scolariser leurs enfants (photo).

Nous avons cherché à être au plus près des associations, écoles, paroisses qui faisaient face à la détresse des familles. Aide alimentaire, produits d’hygiène, médicaments, mais aussi réparation de bâtiments, de petits commerces, ont été accomplis.

Médecins sans Frontières, les Sociétés Saint-Vincent-de-Paul, la paroisse de Mar Youssef, le couvent Saint-Basile, le Centre et l’école Saint-Joseph, l’Institut européen de coopération et de développement, la Fondation Adyan récemment primée ont été les chevilles ouvrières de cette aide. Ainsi que des associations de l’Ouest, Libami Beyrouth et Fraternité chrétienne Sarthe Orient.

À cela se sont ajoutées l’aide à l’hôpital universitaire Saint-Joseph et des bourses pour des étudiants. L’ensemble pour un montant de : 209 000 €. Vos dons ont aidé et réconforté. Votre solidarité soutient leur espérance.

Jeanne Emmanuelle HUTIN.

Vous pouvez envoyer vos dons à « Ouest-France Solidarité Liban », 10, rue du Breil – 35051 Rennes Cedex 9 ou sur le site ouestfrance-solidarite.org. Un euro versé, un euro donné.

Joël Le Gall, Ouest-France

En trois mois, ils ont réhabilité 47 immeubles dans le quartier de Karantina, dévasté par l’explosion du port de Beyrouth. Aucune entreprise n’aurait réussi un tel chantier en aussi peu de temps.

Beyrouth. De nos envoyés spéciaux

« Regardez leur énergie ! Ils ont mis moins d’une demi-heure pour vider ce camion de ces tonnes de parpaings, s’émerveille Marc Torbey, président d’Offre Joie. Des ouvriers auraient mis plusieurs heures. »À peine le camion arrivé sur le chantier, une trentaine de jeunes, tee-shirt blanc à l’effigie de l’ONG libanaise Offre Joie, forment une chaîne. Les parpaings volent littéralement dans les airs pour gagner leur lieu de stockage.

Juste à côté, d’autres jeunes coupent des plaques de verre tandis que des menuisiers fabriquent des montants de fenêtres. Sur des échafaudages, encore des tee-shirts blancs qui appliquent du mortier sur les murs pendant que des électriciens raccordent des câbles juste au-dessus. Le tout dans une joyeuse ambiance de ruche.

Là, c’est Josiane, 20 ans, qui vérifie si le planning des travaux d’un immeuble est bien respecté. Elle est étudiante en biologie à Beyrouth. « Je suis venue pour aider vu que le gouvernement est totalement absent. C’est nous les volontaires qui agissons. Nous les jeunes qui sommes là. »

Quelques jours après la terrible double explosion du port de Beyrouth, le mardi 4 août, ils sont près de 3 000 jeunes libanais à avoir répondu à l’appel de l’ONG libanaise Offre Joie dirigée par Marc Torbey, 33 ans et tétraplégique.

Impressionnant d’ailleurs de le voir circuler dans son fauteuil électrique au milieu du chantier, suivi d’une myriade de personnes qui lui courent après pour un conseil. « Dès le lendemain de la catastrophe, nous nous sommes mobilisés pour venir en aide aux habitants et avons choisi d’intervenir dans le quartier de Karantina qui se trouve à quelques centaines de mètres du port, explique Marc Torbey. C’est un quartier pauvre où l’explosion a fait de très importants dégâts. Des centaines d’habitants se sont retrouvés sans toit et sans aide. »

Aucune vitre n’a résisté à l’onde de choc et les bâtiments les plus fragiles se sont écroulés. À l’intérieur des appartements, c’est comme si une tornade était passée par là. Le mobilier a été détruit, les cloisons se sont envolées. Plus d’électricité ni d’eau. Plusieurs centaines d’habitants ont été blessés et des morts sont à déplorer.

« Ni quinze ans de guerre civile ni les bombardements israéliens de 2005 et 2006 n’ont fait autant de dégâts », déplore Issam. L’homme, vieux et aux traits tirés, regarde ce qui a été sa maison. Aujourd’hui une ruine. Comme tous les habitants du quartier, il n’a pas eu d’autre choix que de rester sur place.

Ils redonnent de l’espoir aux habitants

Quant à Rady, au milieu d’un amas de pierres, il écoute de la musique tandis que ses deux petites filles s’occupent en faisant des tresses. Heureusement, en cette fin d’octobre, le temps est encore très clément. Mais la pluie était attendue la semaine suivante.

Quelques heures après l’appel d’Offre Joie, près de 3 000 jeunes, des quatre coins du Liban mais aussi des Français, des Allemands, des Suisses ont proposé leur aide. Ils sont chrétiens, sunnites, chiites, druzes… Effacés les différences confessionnelles.

La diaspora libanaise s’est aussi mobilisée en versant de l’argent. Près de 3 millions de dollars (2,6 millions d’euros) ont été collectés en quelques semaines. Plusieurs associations, dont Ouest-France solidarité, ont également apporté des fonds.

François, 26 ans, est français originaire de Toulouse. « Je me trouvais au Liban depuis quelques mois. Il m’a semblé normal de me porter volontaire. On travaille dur, mais tout le monde veut aller dans le même sens. Et ça c’est génial. »

Au total, quarante-sept immeubles, dans six rues, ont été réhabilités en moins de trois mois. Chaque jour, une centaine de jeunes sont présents sur le chantier. « J’ai rencontré des patrons de grandes entreprises du BTP, assure Marc Torbey. Ils étaient admiratifs. Pour eux, un tel chantier aurait au moins nécessité dix-huit mois et au moins 20 millions de dollars. Mais cet exploit, on le doit à nos jeunes. Ils ont réalisé des miracles. Je suis encore étonné de leur engouement, de leur courage et de leur organisation. Chacun a essayé de faire quelque chose qui était dans ses cordes. »

Pendant que certains ramassaient les gravats, nettoyaient les appartements ou repeignaient des murs, d’autres assuraient la logistique, préparaient les repas, vérifiaient les conditions de sécurité, coordonnaient le planning des travaux. « Je suis fière de moi et aussi de tous les jeunes qui sont là », lance Josiane.

Mais pour Marc Torbey, il ne s’agissait pas que de remonter des murs. « Ces jeunes-là ont rendu l’espoir à ces gens du quartier et la solidarité humaine réchauffe le cœur. Ils leur permettent de dormir de nouveau et de dépasser les cauchemars qu’ils font. Aussi de rêver d’un Liban meilleur libre et uni. Ce que l’on a perdu dans ce pays. »

Une réhabilitation qui comprend d’ailleurs la création d’espaces extérieurs pour les enfants, de zones vertes… Un vrai espace de vie pourrenaître. « Chose que l’État a été incapable de faire », lâche Marc Torbey.

Texte : Samuel NOHRA.

Photo : Joël LE GALL.

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